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Habitat, Aménagement, Construction, Paysages

Fondements culturels des paysages

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publié le 23 février 2018
Fondements culturels des paysages
 
Peu de régions françaises auront été représentées, décrites, peintes ou filmées comme l’a été la Normandie. Il serait prétentieux de vouloir en faire la liste complète tant la quantité d’oeuvres littéraires et picturales, à toutes les époques, est importante. Difficile aussi de faire des choix ; les plus grands auteurs, les plus grands peintres, les plus grands réalisateurs se sont frottés à la région normande, auxquels s’ajoute une cohorte d’auteurs et de peintres moins connus.
Ce foisonnement de regards sur les paysages normands s’explique avant tout par la proximité et les multiples échanges entre la région et la capitale. De tout temps, les voyageurs furent nombreux à parcourir la Normandie : pour rejoindre et commercer avec l’Angleterre, en partant du Havre, pour jouir des bienfaits de la mer de Dieppe à Deauville, pour profiter d’une campagne verdoyante et pittoresque.
 
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A l’inverse, beaucoup de Normands ont rejoint la capitale française pour y exprimer leurs talents : écrivains, peintres, ingénieurs, ont fait connaître leur région en la décrivant, la peignant et ont fait partager leur attachement à leur pays - parfois passionné, parfois cruel - auprès des parisiens.
 
Grâce à ces oeuvres, les paysages normands sont depuis longtemps « connus » et reconnus par le plus grand nombre et une image collective s’est peu à peu construite au cours des siècles. Une image de campagne, de mer, de patrimoine architectural. C’est ainsi que la région normande est devenue le territoire de prédilection des parisiens, en mal de nature et de campagne. La présence de la mer et de la campagne toutes proches, la vallée de la Seine facilitant les déplacements, les premières lignes de chemin de fer de France, les premières autoroutes, ont fait depuis longtemps de cette région un lieu de villégiature : aujourd’hui, plus de 60% des résidences secondaires de la Normandie appartiennent à des franciliens.
 
Ces dernières années, un nouveau regard s’est porté sur les paysages normands, complémentaire à celui de la campagne et de la mer  : il porte sur les paysages urbains liés à la reconstruction (les quartiers du Havre), et les paysages industriels de la vallée de la Seine, chacun traduisant une vision plus dynamique et moins nostalgique de la Normandie. Avec les réflexions liées au Grand Paris, dont certaines font de la vallée de la Seine un trait d’union entre Paris et Le Havre, à relier par TGV, cette proximité entre la Normandie et l’Ile de France semble s’affirmer un peu plus et le regard que l’on porte sur les paysages normands n’est pas étranger à cette « fusion ». La région normande semble perçue comme complémentaire à la région Ile-de-France, offrant une image de campagne, de mer mais aussi de développement économique grâce à ses grandes industries de la vallée de la Seine.
 
Au travers de quelques textes et quelques images nous avons cherché à montrer qu’un certain nombre de motifs de paysage étaient récurrents au fil des siècles et perdurent jusqu’à aujourd’hui.

  Campagne anglaise dans la vallée de la Seine début 19ème

Gravures de Turner à Lillebonne 1825. Cette gravure de Turner symbolise le regard que pouvaient avoir les artistes sur les paysages de campagne
Avant le 19ème siècle, les rares textes et images traduisant une perception sensible des paysages parlent essentiellement de la campagne et du fleuve. Encore faut-il limiter les paysages de la campagne à ceux des vallées, riants et verdoyants, les paysages des plateaux agricoles n’étant pas encore reconnus.

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  Les paysages de campagne des vallées

La colline (Alfred Dedreux - 1850)
Peu à peu les descriptions couvrent de nombreuses vallées. Les plateaux restent toujours aussi peu décrits. Le travail des hommes, l’agriculture, l’habitat, décrits dans de nombreux textes, va donner une réalité à ces paysages, parfois même sévère comme dans certaines nouvelles de Maupassant. Les paysages font parfois l’objet d’une description minutieuse, par exemple dans Madame Bovary de Flaubert, qui installe l’atmosphère feutrée de son récit dans la campagne normande.

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La Seine près de Rouen (Jean-Baptiste Corot - 1830)


  Les paysages urbains : un motif qui perdure

Ce tableau centré sur la cathédrale, laisse apparaître les coteaux de la vallée de l'Iton. La ville, ramassée est ancrée dans son site.
En même temps qu’ils explorent les paysages ruraux, les artistes prennent les villes comme motif. Richard Parks Bonington ou Turner peindront les ports du Havre et de Rouen. Les Anglais sont alors marqués par les villes françaises qui leur donnent le sentiment de voyager dans le temps, une sorte de retour vers le Moyen-âge. Cependant, au-delà des sites urbains patrimoniaux, de nouveaux paysages bâtis apparaissent dans les textes et les peintures : les sites industriels qui occupent la vallée. Enfant de la côte cauchoise, élevé à Etretat, à Yvetot puis à Rouen, Guy de Maupassant (1850-1893) se plaisait à peindre l’ample et calme vallée de Rouen. Dans Bel-Ami, il nous donne à voir, comme à n’importe quel voyageur, Rouen, où la brique des usines, symbole de modernité, commence à prendre le pas sur la pierre sacrée des églises.

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Le pont Boïeldieu à Rouen (Camille Pissarro - 1896) La ville apparaît prise dans une fumée terne qui affirme son caractère industriel. La Seine, principale source de lumière, apparaît comme une source de respiration reflétant la lumière du ciel.


  Les paysages littoraux : la découverte de la mer

Le Havre (Edmond Petitjean - 1888)
Avec la découverte des bienfaits des bains de mer pour la santé, c’est un nouveau paysage qui se révèle aux yeux des hommes du 19ème siècle. La mer, jusqu’alors réservée aux marins ou aux explorateurs, s’ouvre aux « terriens » qui viennent y goûter les plaisirs des promenades sur la plage et les baignades salutaires. La première ligne de chemin de fer, de Paris à Deauville, va d’ailleurs favoriser cet attrait du littoral et de nombreux artistes viendront peindre ou écrire sur les falaises blanches d’Etretat ou les plages de galets de Fécamp.

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Falaises en Normandie (Eugène Isabey - 19e siècle)


  Une pérennité des motifs ruraux au cours du 20e siècle

Durant la plus grande partie du 20ème siècle, on ne verra pas apparaître de nouveaux paysages dans les représentations de la Haute-Normandie. Les motifs de la campagne, de la mer ou des villes restent inchangés. Ce sont les modes d’expressions qui changent, avec l’apparition de la photographie et du cinéma, les paysages apparaissent sous un autre angle, plus humanisés et plus vivants. Sur le plan littéraire, les mêmes motifs inspirent les écrivains.

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  Les paysages traditionnels et les nouveaux paysages du 21e siècle

Collection Total (Le paysage industriel de la Basse-Seine – l'Inventaire Haute-Normandie – 2008) - La vallée industrielle en1950
Sur les plaquettes des offices de tourisme datées de l’année 2009, les motifs traditionnels hauts-normands figurent en première place : les falaises, la mer, la campagne, les monuments sont toujours les paysages les plus représentés de la Haute-Normandie. Quand l’agence départementale du tourisme de Seine-Maritime présente en page de garde les falaises du pays de Caux, la ville de Rouen met en avant la côte Sainte-Catherine.

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La vallée industrielle aujourd’hui - Cliché : Collection Total Petrochemicals (« Le paysage industriel de la Basse-Seine » – l’Inventaire Haute-Normandie – 2008). Le même site pris en 2008 ne montre plus seulement cette admiration des techniques industrielles, mais aussi une certaine forme d’esthétisme graphique qui fait paysage


  Vers un regard critique des paysages du quotidien

Photographie de Benoît Grimbert issues de l'ouvrage « Normandie, paysages de la reconstruction ». (2006 - Commande du Pôle Image Haute-Normandie)
Durant l’exposition « Voyages pittoresques : Normandie 1820-2009 », le volet consacré à la période contemporaine présenté à Caen, a mis en avant des paysages que l’on pourrait qualifier de banals, voire dégradés. Par cette exposition transparaît la volonté d’attribuer à ces paysages une valeur auquel ils n’avaient jamais eu droit jusqu’à présent.

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