Sept ans après l’incendie de Lubrizol - NL Logistique : point de situation sur les prévention et le contrôle des sites industriels
L’incendie qui s’est déclaré sur les sites de Lubrizol et de NL Logistique à Rouen, le 26 septembre 2019, a fait l’objet d’un retour d’expérience, au plan national et au plan local. Un an après, le 24 septembre 2020, le gouvernement a présenté les actions visant à renforcer la prévention des risques industriels des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) et à mieux informer les populations.
Le plan d’actions gouvernemental s’articule autour de 5 axes :
- 1- Renforcer les mesures de prévention des accidents ;
- 2- Anticiper et faciliter la gestion de crise ;
- 3- Renforcer le suivi des conséquences environnementales et sanitaires d’un accident sur le long terme ;
- 4- Renforcer la culture du risque et la transparence ;
- 5- Renforcer les contrôles et se doter de moyens d’enquête adaptés.
Depuis sept ans, différentes actions, en lien avec ces 5 axes, sont mises en oeuvre par l’Etat. Elles sont au coeur des missions de la DREAL (inspection des installations classées), et ont permis d’améliorer la sécurité de sites industriels.
Quelques retours d’expériences sont détaillés ci-après et sur le site internet de la DREAL Normandie.
Focus sur les contrôles
En sept années, la nature et le volume des contrôles des installations classées ont sensiblement évolué. En 2025, 1 411 inspections ont été réalisées en Normandie, contre 970 en 2018 et 1371 en 2024. En 2025, 714 d’entre elles se sont déroulées en Seine-Maritime, contre 486 en 2018 et 677 en 2024.
Ces inspections incluent :
- des contrôles périodiques de sites :
- les sites SEVESO seuil haut sont visités au moins une fois par an, et jusqu’à 5 à 6 fois par an pour les sites aux enjeux les plus forts ;
- les sites Seveso seuil bas sont visités au moins une fois tous les trois ans,
- des visites thématiques ciblées sur des enjeux identifiés comme forts dans la région (dont certains sont détaillés ci-après).
Le ciblage des visites a lui aussi évolué, pour viser plus précisément certains établissements déjà connus de l’inspection, mais aussi réaliser des contrôles sur des établissements plus rarement visités.
Les inspections ciblées ne remplacent donc pas les contrôles approfondis et périodiques mais s’y ajoutent. Le suivi administratif opéré à la suite des contrôles a donné lieu en 2025 à 178 arrêtés préfectoraux de mise en demeure, dont 73 en Seine-Maritime (2024 : 147 arrêtés préfectoraux de mises en demeure en Normandie, dont 97 en Seine-Maritime).
Axe 1 : Renforcer les actions de contrôle
1.1. Modernisation des installations :
Courant 2025, la DREAL (inspection des installations classées) a poursuivi son action de contrôle du respect du plan de modernisation des installations industrielles (PMII). Lancé en 2
2010, dans le cadre d’une action nationale 2025, l’objectif principal de ce plan était de vérifier la bonne appropriation du cadre réglementaire et la mise en œuvre pérenne des différentes exigences de suivi des équipements.
Il impose notamment des contrôles réguliers sur des équipements industriels pour éviter les pertes de confinement 1 pouvant être à l’origine de risques accidentels et/ou conduire à des pollutions de l’environnement sur les sites relevant du régime de l’autorisation. Le PMII priorise les contrôles sur les équipements présentant le plus d’enjeux.
Concrètement, il s’agit d’évaluer l’état des équipements, de programmer les contrôles nécessaires et d’en analyser les résultats pour détecter les éventuelles fragilités. Les réparations ou mesures préventives sont ensuite engagées pour éviter toute fuite ou tout rejet accidentel.
Une vingtaine d’inspections de la DREAL ont été réalisées en 2025, principalement sur des sites de chimie, raffinage, pétrochimie, de traitement de déchets et de dépôts pétroliers, relevant du régime de l’autorisation. Certains sites ont intégré les exigences réglementaires avec une organisation robuste et un suivi rigoureux des actions prévues ou déjà engagées. Sur d’autres sites, en revanche, ces contrôles par sondage ont mis en évidence des écarts significatifs, notamment sur des aspects critiques comme l’absence de contrôle ou la réalisation de contrôles partiels, le non-respect des fréquences imposées, l’absence d’analyse des résultats obtenus, d’actions correctives sur les défauts identifiés ou encore de traçabilité des actions menées. Ces écarts ont d’ailleurs conduit à des pertes de confinement sur quelques sites.
Ces constats ont certes mis en lumière des bonnes pratiques à partager, mais ils mettent encore en évidence la nécessité pour les sites de renforcer leur organisation pour garantir le maintien d’intégrité de leurs équipements à enjeux et la traçabilité des actions menées.
1.2. Mesures de maîtrise des risques :
Une mesure de maîtrise des risques (MMR) correspond à un ensemble de dispositifs techniques et/ou organisationnels, à la fois nécessaires et suffisants, visant à prévenir la survenue d’un événement indésirable ou à en limiter les conséquences, notamment lorsqu’elles peuvent affecter l’extérieur du site. Elle peut relever soit de la prévention, soit de la protection.
Bien que les MMR soient recensées et décrites dans les études de dangers, le retour d’expérience en matière d’accidentologie met en évidence que de nombreux incidents ou accidents trouvent leur origine dans :
- une connaissance insuffisante, par les équipes opérationnelles, des MMR en place au sein de leur établissement et/ou de leur périmètre d’application ;
- une indisponibilité de ces mesures, liée par exemple à des défaillances de maintenance affectant tout ou partie de la chaîne fonctionnelle (détection, transmission ou action).
En 2025, une vingtaine de sites présentant des enjeux particuliers ont fait l’objet d’inspections portant sur l’effectivité de la mise en oeuvre des MMR. Ces contrôles ont également examiné leur appropriation par les équipes, les modalités de vérification mises en place, ainsi que la gestion de l’information associée et des dispositions temporaires adoptées en cas de défaillance.
1.3. Suivi des installations électriques :
De nombreux incendies ont pour origine des installations électriques. Une action de contrôle a été menée en 2024 et 2025 auprès de 176 exploitants sur cette thématique en région Normandie. L’objectif était de vérifier le bon contrôle des installations électriques sur les sites industriels et la mise en place d’actions correctives en cas de défauts, afin de sensibiliser les industriels à l’importance de ces installations comme éléments initiateurs des incendies. À la suite de cette action, des axes d’améliorations ont été identifiés.
Cette action se poursuit en 2026 de manière plus spécifique sur le risque d’explosion associé à la présence d’une atmosphère explosible (ATEX), dénommé « risque ATEX ».
Axe 2 : Anticiper et faciliter la gestion de crise
Les industriels doivent désormais tenir un inventaire des produits stockés et identifier à l’avance les produits susceptibles d’être émis pendant un incendie pour être capables de le présenter précisément et sans délai à l’administration.
Depuis juin 2022, l’outil d’alerte et d’information des populations par téléphonie mobile FR-Alert utilisant la technologie du cell broadcast a complété le dispositif d’alerte existant.
En outre, l’obligation de Plan d’opération interne (POI) a été étendue aux sites Seveso seuil bas et la fréquence d’exercice minimale des POI a été introduite dans la réglementation.
Renforcement des exercices de gestion de crise
De nombreux exercices POI et exercices PPI (Plan particulier d’intervention) sont régulièrement menés par les industriels et les préfectures, avec présence par sondage de l’inspection des installations classées, de manière planifiée ou inopinée, pendant ou en dehors des heures ouvrées. Ces exercices sont souvent très riches d’enseignements. Il est, en effet, régulièrement mis en évidence une amélioration souhaitée quant à la formation des premiers intervenants (gardien, télésurveillance…), le confinement des eaux d’extinction, l’état des matières stockées, etc.
En 2025, 25 exercices POI ont été déclenchés en présence de l’inspection des installations classées de la DREAL. En 2026, la politique d’exercices inopinés se poursuit.
Axe 3 : Renforcer le suivi des conséquences environnementales et sanitaires d’un accident sur le long terme
Des milliers d’analyses dans les différents milieux ont été menées à la suite de l’incendie de Rouen (analyses prescrites par arrêtés préfectoraux aux deux exploitants – les sociétés Lubrizol et Normandie logistique). Cette pratique exceptionnelle dans son exhaustivité, son périmètre et son nombre d’analyses et de milieux prélevés, a été formalisée afin d’obtenir plus rapidement les résultats des prélèvements et de les rendre plus accessibles pour le public (résultats des prélèvements cartographiés, amélioration des connaissances sur les bruits de fond).
Les obligations des exploitants en la matière ont en particulier été renforcées et sont progressivement intégrées dans leur Plan d’opération interne (POI). Ainsi, chaque exploitant de site Seveso doit décrire dans son POI ses capacités de prélèvements et d’analyses des retombées et des impacts d’un potentiel accident décrit dans son étude de dangers (contractualisation avec des laboratoires d’analyse, mise à disposition de moyens pour les services de secours).
Les 4 guides techniques, précisant les conditions de mise en œuvre de ces obligations en cas d’incendie, ont été reconnus par le ministère, le dernier en décembre 2023.
Le ministère en charge de la Transition écologique a demandé à toutes les DREAL de mener en 2025 une action d’inspection de l’application des mesures listées dans ces guides, en testant lors d’exercices la mise en œuvre par les industriels des premiers moyens de prélèvement. Environ 200 inspections étaient prévues sur ce thème au niveau national, dont 16 en Seine-Maritime.
Il ressort de cette action nationale le bilan suivant :
- moins de 20 % des établissements inspectés sont en conformité sur tous les points contrôlés ;
- seulement 26 % des Plans d’opération interne (POI) et des Plans de défense incendie (PDI) intègrent de manière conforme les dispositions permettant de mener les premiers prélèvements environnementaux ;
- si 83 % des établissements réalisent régulièrement des exercices POI/PDI, tous ne permettent pas de tester la mise en œuvre des premiers prélèvements avec l’implication effective des personnels/organismes compétents dédiés (contrôle des délais d’intervention, vérifications des équipements de prélèvements prévus…).
La mise en œuvre de ces moyens peut être testée lors de la réalisation d’exercices inopinés de mise en œuvre du plan d’urgence.
Axe 4 - Renforcer la culture du risque et la transparence
Modernisation des outils de concertation et d’acculturation aux risques autour des sites industriels
Un plan d’action « Tous résilients face aux risques » a été présent par le gouvernement en octobre 2021. Il prévoit, entre autres, l’organisation d’une journée nationale de la résilience face aux risques naturels et technologiques, tous les ans, le 13 octobre.
La DREAL Normandie a invité l’ensemble des sites Seveso de la région à se mobiliser pour organiser des événements, afin de sensibiliser, informer et acculturer la population aux risques technologiques.
À cette occasion, elle a notamment sollicité les industriels afin qu’ils améliorent les échanges avec les représentants des structures présentes dans leurs environnements proches.
Publication systématique des résultats des contrôles de l’inspection des installations classées
Depuis le déploiement fin 2021 du nouveau logiciel de suivi des installations classées, les rapports de suite d’inspection sont désormais publiés en ligne, sur la plateforme Géorisques, dans un format national et adapté à une diffusion grand public.
Axe 5 – Renforcer les contrôles et se doter de moyens d’enquête adaptés
Création d’un bureau d’enquête accident sur les risques industriels (BEA-RI)
Le BEA-RI a été créé fin 2020. Il a pour mission de conduire des enquêtes techniques à la suite des principaux accidents impliquant notamment des installations classées. Ses investigations visent à déterminer les causes certaines ou possibles des accidents et à établir, s’il y a lieu, des recommandations à l’attention des exploitants et des autorités en charge de la sécurité, en vue de prévenir de futurs accidents.
Le BEA-RI est intervenu sur deux événements accidentels en Normandie en 2025.
Renforcement des contrôles des installations classées pour la protection de l’environnement
Lire le détail dans le « Focus sur les contrôles p.2 ».
1. Fuite ou libération non maîtrisée d’une substance normalement contenue dans un équipement industriel : réservoir, canalisation, cuve, réacteur, etc.
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