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Eau, Nature, Mer et Littoral

Le bocage, un paysage en déliquescence, à ré-inventer

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publié le 6 juin 2017
Les haies et les bocages de Normandie disparaissent de façon anarchique, alors que les services écosystémiques qu’ils rendent nécessiteraient de réorganiser le maillage de façon réfléchie, tout en permettant de mieux répondre aux besoins des exploitations agricoles.
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Illustration : Le bocage, un paysage en déliquescence, à ré-inventer.
 
Depuis 50 ans, le bocage et les haies disparaissent en Normandie, en corollaire avec l’agrandissement des exploitations et le recul de l’élevage. Les arbres et morceaux de haies épars font perdre au paysage son nom caractéristique de « bocage ». Pourtant, les haies permettent de répondre aux enjeux écologiques majeurs auxquels notre société devra faire face dans les prochaines décennies.
 


1800 km de haies en moins par an en ex-Basse-Normandie

La DREAL a conduit une étude statistique afin de connaître l’évolution de la densité et de la connectivité (ou cohérence) des haies en Normandie.
De 2006 à 2010, 5,6 % des haies ont disparu dans le Calvados, la Manche et l’Orne, soit près de 1800 km par an.
D’après les données de l’enquête Terruti Lucas, exploitées en 2013 par l’Observatoire de la Biodiversité de Haute-Normandie, la Seine-Maritime et l’Eure ont perdu 2 % de leurs haies et bosquets entre 2006 et 2010.
A titre de comparaison, 50 km de plantation par an ont été financés dans le Calvados, depuis 1982. Les plantations sont donc loin de venir compenser les arrachages.


La moitié des extrémités de haie n’est pas connectée

La baisse de la densité de haies ne serait pas un problème en soi, si elle ne s’accompagnait pas de la baisse de la connectivité des haies. Un indice de 100 % correspond à un bocage dont les haies sont toutes connectées. Un indice de 50 % de connectivité correspond à des haies dont une extrémité sur 2 est libre.
Évalué à 84 % en 1972, l’indice de connectivité moyenne des haies est passé à 55 % en 2012 dans le Calvados, la Manche et l’Orne. Pour l’ensemble de la Normandie, il est de 51 % en 2012.
De plus, cet indice a diminué deux fois plus vite entre 2006 et 2010 qu’entre 1972 et 1984. Lorsque le bocage est très dense, il reste encore à un niveau de connexion élevé. En revanche, le bocage relictuel d’aujourd’hui se délite de façon plus forte.
Conjugué à la régression des prairies, cet affaiblissement de la cohérence du bocage engendre sa déstructuration, perturbe les cycles biologiques d’un grand nombre d’espèces, diminue le nombre et la variété des milieux associés (fossés, talus, mares…) et amoindrit progressivement la valeur biologique du bocage, ainsi que sa fonctionnalité.


Planifier la reconstitution d’un maillage « organique »

Le maintien des haies est d’une part une question de temps de travail. Une grande partie des agriculteurs sont attachés au bocage. Mais la diminution de la main d’œuvre conduit les agriculteurs à manquer de temps pour entretenir les haies. D’autre part, l’évolution des techniques de production n’est pas compatible avec des parcelles de petite taille.

Alors quel bocage pour demain ? La présence de haies autour des îlots culturaux ne paraît pas incompatible avec l’évolution des pratiques agricoles, pour autant que la taille de ces îlots soit suffisante. Déjà en 1976, le colloque de Rennes organisé par l’INRA avait montré l’intérêt de la haie, et que des parcelles de 4 à 5 ha permettent la fonctionnalité du bocage.

L’implantation des haies n’a pas seulement été réalisée au cours des partages des parcelles suite aux successions, mais aussi pour répondre à des besoins tels que la rétention d’eau, la lutte contre l’érosion des sols ou la protection contre le vent. C’est le « bocage organique ». La transformation du bocage sur les exploitations devrait être réfléchie pour la conservation de ces fonctions en même temps que par le principe de maillage.

Le développement de plans de gestion, à l’image de ce qui est pratiqué en forêt, permettrait de conforter la présence des haies et le maintien du bocage, en proposant à l’agriculteur un diagnostic inventoriant ses haies, et planifiant avec lui suppressions, replantations et exploitation du bois.
Le développement d’une filière bois-énergie efficace économiquement et écologiquement revient à recréer un monde commun autour du bocage, qui a aussi une valeur culturelle, en réintroduisant du lien entre agriculteurs, élus locaux et habitants.
L’agroécologie et l’agroforesterie donnent elles aussi davantage de place aux arbres, dans un contexte de changement climatique et de plafonnement des rendements.

Ainsi, l’enjeu réside bien plus dans la mise en place d’un réseau de haies bien connectées, en bon état, et placées au bon endroit à la fois du point de vue de l’agriculteur et de celui des fonctions écologiques à maintenir, plutôt que dans un réflexe de patrimonialisation du moindre bout de haie.
Il s’agit d’envisager pour les haies et les bocages une solution globale, contribuant au maintien de l’équilibre des territoires, et de leur attractivité.


Pour en savoir plus :

Site Internet La Trame Verte et Bleue en Normandie

Application Carmen